Surveillance biologique et comportementale

Enquête de surveillance comportementale (ESC)

Les actions de prévention vise à influencer et modifier les comportements humains - qu'il s'agisse par exemple d'encourager l’usage du préservatif lors des rapports sexuels à risque et la réduction du nombre des partenaires chez les sujets sexuellement actifs, de convaincre les toxicomanes d'utiliser des aiguilles et des seringues stériles ou encore de promouvoir chez les jeunes l'abstinence sexuelle. Etant donné la situation de faible niveau de l’épidémie à Madagascar, le pays ne cesse de multiplier les efforts de prévention visant à promouvoir les comportements à moindre risque.

En vue évaluer l’impact des actions menées sur le terrain à travers les tendances des comportements, Madagascar, à l’instar des autres pays, a opté depuis 2004, pour la réalisation d’enquête périodique de surveillance comportementale (ESC), une composante à part entière de l’« Enquête de surveillance seconde génération ». L’SC consiste en des enquêtes répétées à intervalle régulier auprès des groupes de populations jugés exposés aux risques. Les objectifs sont de fournir les principaux indicateurs qui rendent compte des connaissances, attitudes et comportements sexuels des groupes concernés, y compris l’utilisation des préservatifs, du niveau de connaissance des IST /SIDA, de la proximité vis-à-vis du sida et de l’attitude présumée vis-à-vis des personnes infectées par le VIH/sida, de la soumission volontaire au test de dépistage du VIH/SIDA et enfin de l’exposition aux différentes interventions et sources d’informations sur le sida.

La réalisation de cette enquête s’effectue tous les deux ans, et jusqu’en 2008, le pays en a réalisé trois de ce genre, touchant les Professionnelles de Sexe, les jeunes, les militaires et les camionneurs.
Les résultats de la dernière enquête ESC 2008 ont permis d’attirer l’attention sur l’importance relativement élevée de la pratique des rapports sexuels à risques au sein du groupe des jeunes âgés de 15 à 24 ans. En effet, les résultats ont montré une pratique relativement importante du multipartenariat (le fait d’avoir plus de 2 partenaires) chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans (presque 2 jeunes garçons sur cinq et environ 1 jeune fille sur cinq ont déclaré avoir eu plus de 2 partenaires durant les 12 derniers mois ayant précédé le passage des enquêteurs). De plus, l’on a noté une faible utilisation de préservatif lors des rapports sexuels (à peine 12-14% lors des premiers rapports sexuels et largement moins de la moitié d’entre eux ont utilisé de préservatifs lors des derniers rapports sexuels occasionnels).
Malgré une nette amélioration de la proportion des jeunes ayant déclaré avoir déjà effectué un test de dépistage au VIH, on peut toujours noter une assez forte réticence chez les jeunes à connaître leur statut sérologique. En effet, un garçon sur cinq (20%) et un peu moins d’une fille sur quatre (23%) ont déclaré avoir déjà effectué un test de dépistage du VIH.
Chez les professionnelles de sexe, les indicateurs liés aux comportements sexuels sont nettement meilleurs que ceux enregistrés chez les jeunes de 15 à 24 ans. Le taux d’utilisation de condom lors des derniers rapports sexuels de type commercial enregistré lors de la dernière enquête s’élève à près de 85%, avec une nette augmentation par rapport à l’enquête de 2006. De même, en 2008, presque 60% des TDS ont déclaré avoir déjà effectué un test de dépistage au VIH et ont reçu les résultats (contre 49,4% en 2006). Toutefois, étant donné l’importance du risque de l’infection lié à leur statut en tant que professionnelles de sexe, les efforts devraient continuer pour les amener davantage à adopter les mesures préventives contre la transmission de l’infection au VIH.

Enquête de surveillance biologique (ESB)

L’enquête de Surveillance Biologique du VIH fait partie intégrante de la Surveillance de Seconde Génération. L’Enquête effectuée en 2010 (ESB 2010) à Madagascar constitue la troisième de ce type, après celle de 2005 et 2007. Elle a pour objectifs de (i) suivre la tendance de la séroprévalence de la syphilis et du VIH dans les groupes cibles des populations des sites dits sentinelles, (ii) recueillir des informations utiles au renforcement des mesures de contrôle et de prévention des IST, du VIH et du Sida.

L’enquête de 2010 s’est déroulée, comme en 2007, dans 46 sites sentinelles répartis dans les 22 régions et a concerné trois groupes cibles, à savoir les femmes enceintes, les patients atteints d’IST et les Professionnelles de sexe.

Les résultats enregistrés pour les femmes enceintes ont montré une séroprévalence de la syphilis de 3,4% et de 0,09% pour le VIH, permettant ainsi de noter un recul de la prévalence de ces infections au sein de ce groupe comparée à celle de 2007. Pour les PS, la prévalence de la syphilis est relativement élevée (15,6% en 2010) et a connu une augmentation au cours de la période 2007-2010 (12,1% en 2007). La proportion des TDS touchées par l’infection au VIH enregistrées au cours de ces enquêtes, par contre, a connu une baisse, passant de 0,52% en 2007 à 0,29% en 2010. Enfin, les patients IST sont les groupes qui enregistrent la prévalence de VIH la plus élevée par les trois groupes concernés, avec une situation relativement stable entre 2007 et 2010. L’infection au VIH concerne 0,32% des patients IST (0,28% en 2007), tandis que la syphilis a touché 6,5% d’entre eux (6,7% en 2005). Aucune corrélation significative n’a été enregistrée entre la syphilis et l’infection au VIH chez les femmes enceintes et les PS, contrairement à ce qui a été trouvé chez les patients IST.

Enquête de surveillance combinée biologique et comportementale (ESBC) auprès des HSH 2010

A partir de 2010, les Hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes ont également été concernés par la surveillance de seconde génération, étant donné les risques élevés liés à leurs pratiques sexuelles. Par ailleurs, afin de mieux comprendre la situation épidémiologique au sein de ce groupe de population, les composantes comportementale et biologique ont été combinées dans une seule enquête.

L’étude auprès des HSH en 2010 a été réalisée au niveau de 6 sites répartis dans 5 grandes villes de Madagascar (Antananarivo, Toamasina, Mahajanga, Toliara, Antsiranana), et a permis de relever une prévalence du VIH élevée de l’ordre de 15%. Le taux de prévalence de la syphilis active au sein de ce groupe de population des mêmes zones est de 5,1%. La non utilisation de préservatif lors du rapport sexuel anal s’est avéré comme l’un parmi tant d’autres facteurs qui accroitrait le risque de l’infection au VIH. Or, la non utilisation de préservatif lors du dernier rapport sexuel de type commercial avec un partenaire de sexe masculin concerne plus d’un HSH sur quatre et près de deux HSH sur cinq lorsqu’il s’agit d’un rapport sexuel de type non commercial.

Enquête de surveillance combinée biologique et comportementale (ESBC) auprès des CDI 2012

La prévalence de l’infection à VIH à Madagascar, estimée à 0,37% au niveau de la population générale de 15 à 49 ans1, est considérée parmi les plus faibles. Les informations disponibles tendent, cependant, à établir la concentration de l’épidémie chez certains groupes de population en révélant une prévalence du VIH estimée à 14,7% chez les HSH en 20102.

L’étude comportementale et biologique chez les consommateurs de drogues injectables (CDI) réalisée en 2012 est une étude de base en étant la première à Madagascar qui s’est consacrée de manière spécifique à ce type de groupe. Elle a comme objectif d’« avoir une meilleure compréhension de l’ampleur de l’épidémie du VIH, de la syphilis et des hépatites B et C et de leurs facteurs déterminants comportementaux auprès des consommateurs de drogues injectables dans trois grandes villes de Madagascar ».
Il s’agit d’une enquête combinée comportementale et biologique, transversale, descriptive, anonyme et corrélée avec consentement éclairé. Elle se concentrait sur les consommateurs de drogues injectables (CDI) ayant la nationalité malgache, âgés de 15 ans et plus - les mineurs devant être émancipés -, résidant dans les villes d’enquête et s’étant injecté de drogues au cours des six derniers mois précédant l’enquête. Elle a été menée dans les villes d‟Antananarivo, de Toamasina et d’Antsiranana du 17 janvier au 27 février 2012, en utilisant le respondent driven sampling (RDS) comme méthode d’échantillonnage et le RDS Analysis Tool (RDSAT) comme outil d’analyse. Elle consistait en une interview structurée administrée en face à face pour le volet comportemental, suivi d’un prélèvement sanguin envoyé au laboratoire régional de référence (LRR) de chaque ville pour le dépistage du VIH, de la syphilis et de l’hépatite B, puis au laboratoire national de référence (LNR) aux fins d’analyse de l’hépatite C et de contrôle qualité externe. Cette enquête a été précédée, d’une part, d’une recherche formative – étude de type qualitatif combinant interview approfondie, focus group et observation auprès d’informants clés et de CDI – visant à recueillir des informations qui permettent d’avoir une connaissance préalable du milieu des CDI pour mieux préparer l’organisation de l’enquête et, d’autre part, de la distribution d’un objet unique qui rentre dans la méthode d’estimation de la population des CDI retenue, soit la multiplier method.

La prévalence du VIH chez les CDI est de 7,1% et la prévalence de la syphilis est de 5,1%. Les résultats de l’étude font ressortir une prévalence de l’infection à VIH au sein des CDI dans les trois villes d’enquête plus élevée que la moyenne nationale chez la population générale. Ceci conforte le caractère concentré de l’épidémie à Madagascar. Il en est de même de l’infection à l’hépatite C dont la prévalence chez les CDI est aussi élevée soit 7,7% tandis que l’hépatite B est de 4%.

Enquête d’évaluation de la qualité de la prise en charge des IST classiques

Dans le cadre de l’évaluation des programmes nationaux de lutte contre le SIDA, une étude visant l’appréciation de la qualité de la prise en charge au niveau des formations sanitaires des patient(e)s souffrant d’une Infection Sexuellement Transmissible (IST), utilisant les indicateurs IP6/IP7 a été menée en 2010. L’étude a été réalisée à travers l’observation de 450 prestataires soignants et des interviews auprès de 150 soignants travaillant au niveau de 150 CSB et répartis au niveau de 15 régions. La première enquête du même type a été réalisée en 2000, les résultats ont révélé une détérioration de la qualité de prise en charge au cours des dix dernières années. En effet, la proportion de patients venus en consultation pour des infections sexuellement transmises (IST) bénéficiant d'une anamnèse et d'un examen physique complets et d'un traitement efficace (indicateur de prévention IP6) est passé de 15,1% en 2000 à 10,4% en 2010 et le pourcentage de patients encouragés à utiliser le préservatif et à faire venir les partenaires sexuels au traitement (IP7) a reculé pour passer de 44% à 42,7% au cours de la même période. Des efforts d’amélioration au niveau de l’accueil des patients par les prestataires, l’application de l’algorithme de prise en charge, la qualité des soins, la conduite des formations des prestataires et la supervision ont été particulièrement recommandés à l’issue de cette étude.